Patrick Gonthier : « Le débat sur l’école doit s’inscrire dans un temps long »

Autonomie des établissements, notation des enseignants, rythmes scolaires… L’UMP a présenté à l’automne dernier dernier 30 propositions sur l’éducation au cours d’une convention nationale. A quelques semaines de la campagne présidentielle, le parti présidentiel joue carte sur table mais inquiète les syndicats. Patrick Gonthier, Secrétaire général de l’UNSA Education, regrette le manque de débat sur le sujet.

Après la publication des propositions de l’UMP, vous avez dénoncé un « piège ». Pourquoi des mots si durs ?

On sent malheureusement que sur le sujet de l’éducation, les politiques ne recherchent pas le consensus. A chaque campagne électorale, l’école est un sujet qui cristallise beaucoup de tensions. De nombreuses promesses sont faites, parfois appliquées puis souvent annulées. Lorsque Gilles de Robien a lancé l’apprentissage dès 14 ans, la mesure a été mise en place pendant un an seulement, avant d’être mise aux oubliettes. Nous regrettons que l’éducation suive le calendrier politique. Le débat sur l’école doit s’inscrire dans un temps long.

Mais parler d’éducation, organiser des conventions et faire des propositions, n’est-ce pas l’une des solutions pour faire avancer le débat sur l’école ?

Nous ne pouvons que nous réjouir que l’éducation soit mise au premier plan. S’agissant de la convention UMP, on pouvait s’y attendre. Depuis des mois, plusieurs personnalités du parti se sont exprimées sur l’éducation. Je pense ici à Jean-François Copé ou à Nathalie Kosciusko-Morizet par exemple. L’autonomie des établissements était leur maître mot. On la retrouve d’ailleurs dans les 30 propositions de l’UMP. Le parti socialiste et les écologistes ont également élaboré des propositions dans leur coin. Mais ce que nous voulons, c’est un véritable temps de confrontation, de débat. Les partis doivent rencontrer les organisations syndicales pour discuter et trouver un consensus. Nous voulons une démocratie sociale.

L’UMP propose de réviser le statut des enseignants qui date de 1950 en introduisant notamment des tâches de tutorat et d’orientation. C’est ce que vous préconisiez depuis longtemps.

Oui, mais nous ne voulons pas que le temps de travail des enseignants soit touché. L’idée de l’UMP est d’ajouter des missions de tutorat ou de concertation en plus du temps passé en face des élèves. C’est un débat qui date de la présidentielle de 2007. La droite avait lancé des formules à l’emporte-pièce : elle voulait que les enseignants travaillent 35h. Dans la réalité, les agrégés passent 15 heures par semaine devant les élèves, les détenteurs du Capes en passent 18. Si l’on ajoute tout le travail de correction et de préparation des cours, tous les enseignants font au moins 35h. L’idée de l’UMP est de faire éclater le statut actuel.

Ce nouveau statut serait appliqué d’office pour les nouveaux professeurs mais il s’appliquera sur la base du volontariat pour les enseignants déjà en poste.  Y a-t-il un risque de scission du corps professoral ?

C’est en effet l’un des risques de cette proposition. Mais ce qui nous choque le plus, ce sont les conséquences en matière de recrutement. L’idée de Luc Chatel est de rémunérer de manière plus intéressante les nouveaux recrutés et les enseignants qui acceptent le nouveau statut. Si l’on demande à ces professeurs d’assurer trois ou quatre heures de plus par semaine, ce seront autant de postes qui ne seront pas ouverts. Et cela nous inquiète au premier chef.

L’un des grands objectifs de l’UMP en matière d’éducation est d’étendre la réforme de l’autonomie, opérée dans les universités, aux écoles. Etes-vous d’accord avec cette proposition ?

Tout dépend de la manière dont elle est mise en place. L’autonomie peut être vue d’une manière pédagogique. Dans ce cas, les écoles pourraient rester dans un cadre national mais chaque établissement s’adapterait au contexte local. Les moyens seraient attribués sur la base d’un projet. Malheureusement, l’UMP est dans une logique de dérégulation. La droite veut donner tout le pouvoir à l’échelon local. Si cela s’applique, nous pourrons parler de privatisation de l’enseignement.

C’est pourtant un modèle qui fonctionne dans d’autre pays d’Europe

Il existe certains pays où l’on engage des professeurs grâce à des contrats public-privé. Dans d’autres modèles, les enseignants sont recrutés comme dans une entreprise, c’est le cas de notre enseignement privé. Mais nous ne voulons pas de ce système. Confier du pouvoir au local par l’autonomisation des établissements, c’est modifier à terme le statut du fonctionnaire auquel nous sommes très attaché. Si nous acceptons l’autonomie totale, les mutations ne seront plus possibles et l’autonomie pédagogique sera la règle.  Or, nous pensons que l’école doit conserver un cadre national.

Les enseignants demandent une réduction du rythme scolaire. L’UMP vous a écouté.

Oui mais à nouveau, il y a un problème de méthode. Nous souhaitons que cette question soit traitée de manière globale en incluant primaire, collège et lycée. Luc Chatel propose par exemple de supprimer les cours le samedi matin pour les lycéens. C’est prendre le problème par le petit bout de la lorgnette. Pour lutter contre l’amplitude horaire terrible de l’école, il faudra penser la question en termes de volume annuel de cours. Nous proposons par exemple d’alterner tout au long de l’année, sept semaines de cours avec deux semaines de vacances. Cela posera évidemment des problèmes, notamment avec les lobbies des sports d’hiver qui souhaitent conserver leurs dates, mais nous pensons qu’il est temps de faire preuve de courage à ce niveau-là.

Pendant la compagne des primaires socialistes, François Hollande a proposé la création de 60 000 postes d’enseignant. Soutenez-vous cette mesure

Il faudra de tout façon réintroduire des postes. La question est de savoir comment. La fin de l’année de formation a entrainé la suppression de 16 000 à 18 000 postes. Si cette période de formation était réintroduite – ce que nous demandons – près d’un tiers de la promesse de François Hollande serait réalisée. Par ailleurs, de nombreux postes doivent être créés dans les Réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté (Rased). Pour l’instant, leur action se concentre sur les élèves de CP. Nous souhaitons que l’aide soit dispensée équitablement à toutes les classes du primaire. Une chose est sure, si on ne crée pas de postes supplémentaires, on limitera les ambitions de l’éducation nationale.

L’UMP lance sa campagne sur l’Ecole

Il y a quelques semaines, l’UMP a relancé le débat sur l’école. En marge de la campagne présidentielle, le ministre de l’Education Luc Chatel a énoncé les 30 propositions de son parti lors d’une convention nationale. Refonte des rythmes scolaires, modification des missions confiées aux enseignants, autonomie des établissements… Ces propositions ont le mérite de s’attaquer à tous les sujets brulants qui entourent l’école mais se sont rapidement attiré les foudres des principaux intéressés : les enseignants.

Voici une liste non exhaustive des propositions du parti présidentiel :

- Rendre l’assiduité obligatoire pour les élèves inscrits en maternelle
- Réorganiser le rythme scolaire au primaire en réduisant le volume hebdomadaire de cours et en allongeant l’année scolaire de deux semaines
- Rendre publiques les évaluations qui existent en primaire et au collège
- Associer davantage les parents à la scolarité de leurs enfants
- Donner plus de responsabilités aux établissements
- Permettre aux directeurs d’établissements d’évaluer leurs enseignants
- Revoir les obligations de service des enseignants en y ajoutant des missions de tutorat
 

Retrouvez en détail les 30 propositions de l’UMP ici

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L’éducation nationale…sujet inépuisable me direz-vous.

Réduction des postes, classes surchargées, autonomie des établissements, rythmes scolaires… Toutes ces thématiques deviennent sensibles à chaque élection. Les partis politiques s’emparent du débat, les propositions fusent depuis chaque camps et le consensus semble impossible. Mais au cœur de tous ces discussions, ce sont des milliers de collégiens, lycéens, parents, enseignants et autres personnels de l’éducation nationale.

C’est dans leur quotidien que je souhaite m’immiscer. Recueillir des témoignages et confronter les avis sur l’avenir de l’école, tels seront les objectifs de ce blog.

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Photo : Julien Barrier