Éloge de la folie ?

Deroxat, Depakine, Lysanxia, Rivotril, Loxapac, Tercian… en 10, 20, 30 ou 40 mg, à avaler avec un verre d’eau ou par injection pour les plus agités. Les effets secondaires ? Troubles du sommeil, de l’érection, de la digestion, pertes de mémoire, crampes et dépendance.

C’est le traitement réservé aux cerveaux malades.

Je dédicace ce blog aux dépressifs, aux bipolaires, aux maniaques, aux victimes de bouffées délirantes, aux hypocondriaques, à tous ceux qui pètent un câble, les frustrés, les toxicos, les suicidaires.

Nos cellules grises dressent parfois des barreaux d’acier qui nous emprisonnent. On est seul. On sourit, on joue son rôle social puis on rentre et on pleure. Au bout d’un moment, on ne sort plus, on explose, on s’enferme ou on se fait enfermer.

Les « fous » : ces regards hallucinés, ces ombres qui glissent dans les couloirs des hôpitaux, qui mendient des mégots de clopes à fumer, la bave aux lèvres, le futal baissé et les fesses à l’air. Ils sont sales, on ne comprend rien aux mots qu’ils dégueulent, on hésite à serrer leurs mains jaunies par la nicotine et la pisse. Ouai, ils sont fous.

Cachons-les, à l’abri des regards. Eloignons-les de notre société car nous n’avons pas de place pour eux. Pas de place pour nos faiblesses mentales, totalement non productives. Pourtant notre folie, nos pulsions irrationnelles façonnent une bonne part de notre esprit.

Nous traçons des lignes : d’un côté les adaptés à une société raisonnable, de l’autre les tarés et les paumés. Ca rassure, hein ?

Qui ne comprend pas la souffrance d’être prisonnier de ses cellules grises, ne sait pas ce que c’est qu’être un homme.

Saïd Al Hurr