Voyage au Kosovo depuis le Starbucks de Montparnasse

Prizren, ville musulmane du sud Kossovo. Celle où a grandit Fatmir, 28 ans, expatrié à Paris depuis cinq ans.

Prizren, ville musulmane du sud Kossovo. Celle où a grandit Fatmir, 28 ans, expatrié à Paris depuis cinq ans.

Une petite heure de face-à-face au Starbucks de la gare Montparnasse. Le lieu et la durée n’étaient pas vraiment idéal, mais c’est tout ce que Fatmir a pu m’accorder avant de partir travailler dans un hôtel du quartier. Trop peu de temps pour tout ce qu’il aurait pu me raconter. Mais déjà assez pour faire une pause-café sur ce blog. Originaire de Prizren au Kosovo (qui culmine désormais tout en haut du top de mes prochaines destinations de voyage), cet immigré de 28 ans est arrivé à Paris il y a cinq ans. Sans permis de travail jusqu’à il y a un an et demi, il s’est quand même toujours débrouillé pour ne jamais être au chômage. Une entaille aux clichés sur les immigrés profiteurs de notre système de protection sociale ? Cette remarque n’est pas de moi: c’est le ton de la première blague que m’a sortie Fatmir… L’actualité Française s’est ensuite éclipsée au profit de celle du Kosovo : toujours trouble. Les quatre années de l’indépendance du pays ont été célébrées le 17 février. Fatmir n’a pas eu l’air super enthousiaste quand j’ai abordé ce point. « On a vraiment rien au Kosovo, tout est privatisé. Au moins, en Ex-Yougo, on était ensemble et on pouvait s’aider. » Un point à détailler plus en profondeur dans un autre post.

Pourquoi Paris ?

La première fois que j’ai vécu en France, j’avais sept ans. On était en 1990, j’avais encore un passeport Yougoslave. Mon père était dans la bâtiment, comme tous les Yougo immigrés. La nuit, il faisait aussi videur dans une boîte. Il est très grand mon père, il fait au moins deux mètres. Ma mère ne travaillait pas, ce n’est pas commun d’être une femme active chez nous. On est dans un système encore…. un peu… voilà…. Je ne me rappelle plus très bien pourquoi nous sommes partis du Kosovo. J’ai une tante qui vit ici depuis plus de 40 ans, elle avait dû nous proposer de la rejoindre pour voir si on s’y plaisait. Moi, j’étais plutôt bien. Quand t’es petit, tu t’adaptes vite. J’allais à l’école dans une classe de CP, j’avais des Kinder pleins les poches, c’était trop « it ». Au bout de deux années, on est retournés à Prizren. Le problème, c’est qu’avec la guerre de 1999, la situation n’était plus vivable au Kosovo. Il n’y avait plus de loi, pas d’hôpital, et surtout aucun avenir. Je suis donc allée un peu en Turquie, puis en Grèce. La crise a tout chamboulé là-bas et j’ai donc décidé de retourner à Paris. On était en 2007. J’ai commencé à travailler dans le bâtiment, et puis maintenant, je suis dans l’hôtellerie. J’ai un CDI.

"Va prendre une photo de moi sur Facebook. J'étais plus jeune. Maintenant, je ne me trouve plus photogénique." Ceci explique pourquoi Fatmir n'a aucune tasse Starbucks en face de lui, et surtout, qu'il pause face à un paysage enneigé..

"Va prendre une photo de moi sur Facebook. J'étais plus jeune. Maintenant, je ne me trouve plus photogénique." Ceci explique pourquoi Fatmir n'a aucune tasse Starbucks en face de lui, et surtout, qu'il pause face à un paysage enneigé.

Paris au quotidien ?

Je cumule trois boulots en même temps. Le principal est dans un hôtel de Montparnasse. J’ai d’ailleurs rencontré ma copine là-bas. Sauf qu’elle n’y était que pour un job d’été. Elle est étudiante le reste de l’année. Moi, la dernière fois que je suis allé à l’école, c’était une fois la guerre finie. Les États-Unis nous avaient installé une sorte d’université, via l’International Rescue Community. Pendant un an et demi, j’ai eu des cours de musique, j’ai appris l’anglais, on m’a aussi formé à être barman. Maintenant, je vis ici. J’ai compris que si t’es sérieux, tu as toujours du travail. Tout le monde m’appelle, je n’ai jamais été au chômage. Combien d’heures je travaille ? Je préfère ne pas dire, pour pas trop complexer les jeunes. Je sais que j’ai de la chance grâce à mon CDI. Je suis en sécurité. J’ai la sécurité sociale, comme toi, comme tous les Français. C’est aussi plus facile de faire passer mon dossier à la Direction Générale du Travail. Tous les trois mois, quand t’es étranger, tu dois aller faire ta demande pour renouveler ton permis de travail. Maintenant que j’ai le CDI, je suis assuré d’être renouvelé.

 Et après ?

 Si ça continue comme ça, je veux bien rester en France. Par contre, je n’ai pas l’intention de demander la nationalité. Dans mon cœur, je reste vraiment Kosovar. Et puis, le système des permis de travail me convient plutôt. J’ai ça depuis un an et demi, c’est suffisant. J’ai aussi pleins de petits projets en tête. En fait, si je travaille autant, c’est pour mettre de côté. J’aimerais bien créer un petit resto Yougo.

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