Roxana : Rom, collégienne et parisienne

© Thierry LEFEBURE / Jeunes enfants en banlieue parisienne (2003)

Un copain de l’école, Félix, m’avait parlé d’un village d’insertion pour Roms à Orly. On s’y était rendu début novembre. Je me rappelle avoir mangé des grillades à la mayonnaise sur le site, c’était assez dépaysant pour un simple samedi. Cela remonte un peu, mais je regrettais de n’avoir jamais utilisé mes notes sur la journée. Surtout que j’avais passé la majeure partie du temps en compagnie de Roxana*, une adolescente de 13 ans immigrée en France avec sa mère et ses petits frères. Elle semblait être un peu seule dans ce camps où elle était l’unique adolescente de son âge. Sa sœur lui manquait, elle était restée à Craoiva en Roumanie parce que son passeport avait été perdu peu après sa naissance (elle n’a pas pu m’expliquer pourquoi sa sœur n’en a jamais fait refaire un autre).Cette ville est connue pour son fort taux de population Rom, qui est souvent citée en exemple dans les débats politiquYes pour illustrer la « question Rom ».
Roxana ne m’a pas caché qu’elle était aussi un peu la caïd de son collège. Établissement qu’elle ne doit pas beaucoup fréquenter vu qu’elle m’a avouée passer la plupart de son temps au Louvre. « Au Louvre ? », m’étais-je exclamée avec entrain, persuadée qu’elle avait un hobby pour la peinture. « Non, je retrouve seulement mes amis dans ce quartier » rectifia-t-elle. Des le lendemain, sur le chemin du CFJ, je réalisais que la zone du Louvre était peuplée par plusieurs bandes de jeunes Roumains, mi-pickpockets, mi-vagabonds. Je ne l’ai jamais reconnue parmi ces gamins. Peut-être l’ai-je quand même croisée. Comme pour la plupart des gens, les visages de ces enfants zonards s’enchaînent et se confondent. La pause-café du jour est donc particulière, elle se compose des notes issues de ma rencontre avec Roxana.

Pourquoi Paris ?

J’ai rejoins ma mère. Elle vivait ici depuis déjà huit mois. Elle fait la manche avec mon petit frère la plupart du temps. On habitait dans un autre campement avant (ndrl : un bidonville). Le collectif (ndrl : lié à RomEurope) est venue nous trouver pour nous proposer de construire nos logements nous-même. En attendant que les chalets soient finis, j’habite dans un petit cabanon en bois.

Paris au quotidien?

Je suis en classe de 4e au collège. Il y a toutes les langues dans ma classe : des Français, des Arabes, des Africains. J’adore aussi aller à Disney. J’y suis très souvent avec mes amis. Presque tous les jours en fait parce que j’ai une technique pour rentrer sans payer. Le problème, c’est que je me fais souvent attraper par les keufs et qu’après je dois aller au commissariat. J’y suis restée cinq heures la dernière fois parce que j’avais pas mes papiers avec moi. Je rigole bien avec eux. Je leur mets des petits coups avec mes pieds et eux ils ne peuvent rien me faire. Maintenant, il faut que j’aille au tribunal à cause de tout ça. En plus, une éducatrice doit venir me voir.

Et après?

Je veux encore attendre avant de me marier. Je suis trop jeune pour me soucier du ménage, de la cuisine et des choses comme ça. Je veux rester libre. Une chose est certaine, je vais rentrer en Roumanie. Ma soeur y est restée. Elle ne peut pas venir parce qu’elle a perdu ses papiers. Elle me manque beaucoup.

le prénom a été volontairement modifié pour respecter son anonymat

Illustration : Thierry LEFEBURE

Ce contenu a été publié dans Pause café, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>