L’épicerie Baï Ganio : le little Sofia de Paris

Trottoirs défoncés, échafaudages barrant le trajet, et piliers de bar prenant leur pause clope pile au milieu de la route. Atteindre la seule épicerie bulgare de Paris relève un tantinet de l’épopée. Le Baï Ganio se niche dans le quartier populaire de Strasbourg Saint-Denis. Façade discrète pour cette petite échoppe d’un genre particulier. Il s’agit d’un véritable îlot de culture slave concentré en une vingtaine de mètres carrées.

La porte entrouverte, et déjà, tous les sens sont happés : les clients commandent en Bulgare ; journaux et emballages alimentaires sont couverts de caractères cyrilliques. Et en prime : une odeur de chou empeste le lieu. Inaugurée il y a quatre ans, la boutique tourne depuis à plein régime : elle est unique dans la capitale. La plupart des clients sont des Bulgares venus faire escale pour se ravitailler en saucisson, kashkaval (fromage) ou vins du pays. Le lieu n’est cependant pas une épicerie fine. Il s’agit plutôt d’une fidèle reproduction des supermarchés disséminés partout en Europe de l’Est. L’étalage des sachets de sauces déshydratées Maggi – colorés mais pas très chics – en attestent. Le magasin sert dans la consommation alimentaire courante.

Mais au fait, qu’est que cela signifie « Baï Ganio » ? C’est le personnage du nouveau riche Bulgare, imaginé au 19e siècle par l’écrivain Aleko Konstantinov. Aujourd’hui, l’expression renvoie à une caricature péjorative de l’habitant des Balkans : violent, limite escroc mais toujours résistant. Pour Emil, le patron de la supérette, c’est surtout un clin d’oeil à son exil. « J’ai quitté la Bulgarie en 2001 pour gagner plus d’argent et faire vivre ma famille à distance. Je pensais partir pour Madrid, sauf qu’au bout de trois jours de bus, je n’en pouvais plus. J’avais mal au dos, j’étais épuisé. C’est comme ça que j’ai atterri à l’improviste à Paris », se souvient l’épicier. Le hasard fait bien les choses : « En débarquant, j’ai eu comme un déjà-vu. L’impression d’avoir toujours habité ici ».

Une fois l’argent nécessaire économisé et ses papiers en règle , il lance son commerce. Qu’importe les Unes de journaux de l’époque présageant la crise financière, Emil se montre pragmatique : « jamais les gens n’arrêteront de se nourrir ». Depuis, toute sa famille réside à Paris. Bien guidé, le Baï Ganio.

Informations :
Baï Ganio : 10 rue des Petites Écuries, Paris (10) / Ouvert 7j/7 de 11h à 21h (22h en week-end).

Photos : 1rosebulgare

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