Chômons ensembles pour lutter contre le chômage

Written by on 2 janvier 2012 in Le travail dans la presse, Non classé - No comments

Soigner le mal par le mal. Le ministre du travail, de l’emploi et de la santé Xavier Bertrand avance une solution plutôt intéressante pour lutter contre le chômage : le chômage partiel. Mais il fait au passage une petite remarque aux relents malsains qui trahit, peut-être, une totale absence de naïveté idéologique.

 
 
Article disponible : http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/12/27/le-gouvernement-relance-l-idee-de-chomage-partiel_1622955_3224.html

« Quand ça va bien, on peut augmenter la durée du travail, les rémunérations, beaucoup plus vite, beaucoup plus facilement. Quand ça va moins bien, on peut adapter le temps de travail s’il y a des garanties pour l’emploi. C’est ce qui se fait par exemple en Allemagne », a déclaré Monsieur le ministre du travail, Xavier Bertrand, mardi 27 décembre sur RTL.

MON coin à MOI

Arrêtons-nous un instant sur cette phrase. Cette petite phrase qui pourrait être un tournant idéologique dans le discours sarkozyste. Promenons-nous dans les bois de la campagne de 2007 : le slogan « Travailler plus pour gagner plus » soufflait dans les branchages et séparait la France en deux catégories. La première, ravie de pouvoir enfin faire trimer sans vergogne ses salarié-e-s, se frottait les mains à en avoir des cloques. Quand une seconde moitié levait les yeux au ciel, puis rentrait la tête dans les épaules, attendait l’orage prochain. Car planqué sous l’immonde cliché, il y avait, et il y a toujours, une idée, petite comme une graine, nauséabonde comme un charnier.

L’idée que le nombre d’emplois n’est pas logiquement relié au temps passé par ceux qui bossent à leur boulot. Cette idée, bien que fausse, est tout à fait brillante sur le plan rhétorique. Petit castor, elle façonne le barrage en amont. En aval, la conséquence est immédiate. Le temps de travail devient tout flou, il devient indépendant. Le nombre total d’emplois à un instant t n’est plus mécaniquement relié à lui. Au degré zéro de l’analyse on voit donc déjà que mon boulot je fais dans mon coin, ne concerne que moi, n’a de conséquences que pour moi. On développera sans doute, plus tard, cette rhétorique de l’égoïsme avec force clés analytiques de l’armoire psychanalyse. Mais ici, contentons-nous de constater que la conclusion logique du raisonnement est la suivante : c’est à soi qu’il faut penser.

Un paradoxe consanguin

Ceci permet bien entendu de valider un paradoxe consanguin de l’économie néo-libérale, qu’il serait un poil long de détailler ici. Une petite biblio non exhaustive devra s’imposer. Mais disons simplement pour résumer que s’il y a contraction de la masse salariale, le nombre de tâches dans une entreprise se répartit entre un plus faible nombre de salarié-e-s. Moins de salarié-e-s, mais qui font plus de choses, en 35h par semaine. Le salaire de ces salarié-e-s perd de sa valeur quand tout ce qu’il-elle peut acheter flambe éhontément. Comment faire ? « travailler plus pour gagner plus », voyons. Alors chacun pour soi travaillera plus, pour gagner queudalle.

Une solution : le chômage partiel

Mais dans cet article, retournement de situation : le chômage et le temps de travail sont de nouveau corrélés. Oh miracle discursif ! Mais comme on ne peut soupçonner le ministre d’avoir un couteau de syndicaliste affamé entre les dents, on se demande bien ce qu’il veut dire. Le chômage partiel, détaillé dans ce papier-là, était initialement une proposition syndicale.

« Quand ça va bien, on peut augmenter la durée du travail »  « Quand » introduit LA condition, celle de la bonne santé économique. Elle s’est visiblement absentée pour aller acheter des clopes et n’est jamais revenue, nous en déduisons alors en toute logique que lorsque ça va mal, il ne faut pas augmenter la durée individuelle du travail. Mais selon le ministre, à qui les 35h filent des pustules, il ne faut pas la réduire non plus. Ca aussi, ça ressemble à un paradoxe.

Et pour se sortir du paradoxe, Xavier Bertrand annonce rien moins qu’une solution absurde : mettre une partie du salariat au chômage partiel. Les salarié-e-s gardent leurs contrats de travail, mais font moins d’heures et sont censés toucher une indemnité chômage. Ceci coûte donc de l’argent aux ASSEDIC. Cette forme de chômage est utilisé dans des cas exceptionnels, comme rappelé sur le site du ministère du travail :

La réduction ou la suspension temporaire de l’activité de l’entreprise doit être imputable à la conjoncture économique ou à certains événements particuliers : difficultés d’approvisionnement en matières premières ou en énergie, sinistres ou intempéries de caractère exceptionnel…

Alors pour réduire le chômage, mettre les travailleur-euse-s au chômage est un paradoxe plutôt cohérent, pour une équipe politique qui préfèrerait crever que de penser à réduire le temps de labeur d’une virgule. Et qui admet en plus, au détour d’un discours, qu’augmenter le temps de travail, c’est mauvais pour le chômage.

PURPLE

PS : A noter, l’émission DU GRAIN A MOUDRE du 02 janvier 2012 disponible en réécoute pendant trois semaines. Un joli point de vue bien consensuel. Avec des chefs de boîtes d’intérim qui kiffent la vibe.


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